Job | Devenir Mécano Moto 1

published 24/07/2015 | last modified 10/11/2016

Devenir mécanicien Harley fait partie de mes projets.

Ceci étant, entre l’idée et sa réalisation se trouvent plusieurs obstacles, raison pour laquelle j’ai commencé une série d’entretiens avec des gens de la profession. Voici le compte-rendu du premier, il y en aura (peut-être) d’autres.

Quel est le contexte ?

Personnellement, je me fais un peu chier dans mon boulot, et le marché du web évolue en ma défaveur. Je souhaite donc développer une autre activité à mi-temps, qui me permette de rester dans mon bassin de vie en travaillant, si possible, pas trop loin de chez moi, à la campagne. Ayant toujours regardé mes amis bricoler leurs bécanes avec envie, je me découvre une attirance pour la mécanique moto depuis que j’entretiens mon Sporster moi-même.

Sur le plan des motocyclettes, on est passé d’un écosystème où les pièces mécaniques défectueuses étaient identifiées, extraites et réparées (par des ateliers spécialisés), à un système où l’échange standard prévaut. En gros, on change carrément le bloc (la pièce et ce qu’il y a autour). C’est d’autant plus vrai que la pièce et les pièces autour, sont devenues indissociables. C’est plus rapide, c’est souvent moins cher, cela exige moins de compétences humaines. Du coup, les ateliers un tant soit peu capables de refaire une culasse ou un maneton de vilebrequin, ont tous fermé.

Le marché de l’entretien des motos peut donc se décomposer très grossièrement en deux parties :

  • une partie “ancienne”, avec des motos que seuls les vieux briscards savent et peuvent démonter/remonter, car ils ont le matériel et les compétences
  • une partie “récente” (injection, pièces forgées ensemble et donc indémontables), avec des mécaniciens qui font essentiellement de l’échange standard, et qui n’ont pas été formés ni outillés pour faire autre chose

De plus, les ventes de motos s’érodent doucement mais sûrement. Certes, Harley, BMW, Ducati, Moto Guzzi connaissent encore des années de croissance, mais les japonaises touchent le fond. La faute aux restrictions, à la société qui devient policée… On n’est plus dans les années 70.

Alors quoi ?

Disons les choses comme elles sont : faire de la mécanique Harley sur des motos anciennes, de la vraie mécanique, avec ré-alésage des moteurs et une large expertise sur tous les modèles de Harley depuis 1960, ça va être difficile. Il me faudrait un mentor local qui ait besoin d’un apprenti, et qui soit prêt à se conformer à la réglementation du travail, qui est pléthorique. Mon interlocuteur a déjà connu des déceptions en la matière. Il faudrait également une formation théorique de base, et la seule qui vaille vraiment le coup est à Paris, à l’INCM. Et encore, je reviens du site, je tiendrai pas une semaine là-dedans.

Ensuite, faire de la mécanique Harley sur des motos récentes… Le problème de la formation de base va continuer de se poser. Celle de l’investissement aussi, si je décide de travailler à mon compte : l’injection, l’électronique, exigent du matériel de diagnostic coûteux, qui ne constituent même pas une fin en soi (certaines pannes étant non décelées).

A ce jour, reste deux voies possibles :

  • soit le mentor auquel je pense, change d’avis et me prend en stage à mi-temps, me forme et m’emploie ensuite à mi-temps
  • soit je trouve une niche inexploitée, je la crée, je la façonne, je la développe… Un de ses potes fait des Ducati, un autre des Mini Austin, ça marche bien pour eux

Dans tous les cas, mon interlocuteur insiste : il faut une excellente maîtrise de son métier. Sans quoi les gens n’ont pas besoin de toi. Par ailleurs, un défaut d’expertise et voilà ta réputation endommagée à jamais.

Complément du 10/11/2016

Au cours des derniers mois, j’avais identifié une formation de qualité, et presque trouvé un stage. Mais mes derniers calculs ont démontré que vivre 16 mois sans ressources (en plus de payer la formation de ma poche), était impossible, même si une indemnité de stage m’était versé. Et puis le stage sur lequel je comptais, s’est dérobé au dernier moment. Retour à la case départ donc. Je m’occupe en faisant de l’interim.

J’en profite pour documenter le dernier entretien que j’ai eu avec un mécanicien professionnel, installé dans les monts de Saône-et-Loire :

  • le métier se concentre : création de grosses concessions (où la mécanique disparaît) et des salaires à la baisse (la logique financière prime)
  • apparition de la norme EURO IV
  • apparition prochaine du Contrôle technique
  • difficulté croissante à trouver des pièces pour les motos non récentes ; quand on les trouve, elles sont hors de prix
  • l’entretien des motos à carbus ça coûte de l’argent -> il faut du temps pour les démonter, les remonter, les essayer, les re-démonter…
  • reprendre une affaire ça passe par une Banque, or les banques à l’heure actuelle…

Son conseil :

  1. Se former
  2. Ouvrir une petite échoppe chez soi en démarrant tout petit
  3. Grossir très progressivement, en trouvant sa bonne place dans un marché de plus en plus global et tendu
  4. Les motards que les concessions assassinent tarifairement, constituent une cible à exploiter